Trek au sommet du M’Goun [4068 m] : guide pour randonneurs
Le massif du M’Goun se dresse fièrement dans le Haut Atlas marocain, offrant aux randonneurs aguerris l’opportunité de fouler l’un des plus hauts sommets d’Afrique du Nord. Avec ses 4068 mètres d’altitude, ce géant de pierre fascine autant qu’il intimide. Contrairement au Toubkal, son voisin plus célèbre, le M’Goun conserve une authenticité sauvage qui séduit les trekkeurs en quête d’aventure loin des sentiers battus.
L’ascension du M’Goun représente bien plus qu’une simple randonnée en montagne. C’est une immersion totale dans les paysages grandioses des vallées berbères, une traversée de plateaux désertiques où le temps semble suspendu, et une rencontre avec des villages reculés où l’hospitalité marocaine se vit dans sa forme la plus pure. Le trek demande généralement entre 5 et 7 jours, selon l’itinéraire choisi et votre niveau de préparation.
Pourquoi choisir le M’Goun plutôt que le Toubkal
La question revient souvent chez les randonneurs qui planifient leur expédition marocaine. Le M’Goun offre une expérience beaucoup plus sauvage que le Toubkal, avec moins de fréquentation et des paysages plus variés. Vous traverserez des gorges spectaculaires, longerez des rivières cristallines et découvrirez des formations géologiques uniques qui racontent l’histoire millénaire de l’Atlas.
L’itinéraire classique vous fait passer par la vallée des Aït Bouguemez, surnommée la « vallée heureuse » pour sa fertilité exceptionnelle et la douceur de vie de ses habitants. Cette région agricole contraste magnifiquement avec l’aridité des hauteurs, créant une palette de couleurs et d’ambiances qui rendent chaque journée de marche unique. Les villages en pisé s’accrochent aux flancs des montagnes, témoins d’une architecture traditionnelle parfaitement adaptée au climat rigoureux.
Les particularités du massif
Le M’Goun se distingue par ses plateaux d’altitude qui s’étendent à perte de vue. Ces espaces lunaires, parsemés de pierres volcaniques et balayés par les vents, offrent une sensation de bout du monde rarement égalée. La faune y est discrète mais présente : aigles royaux, mouflons à manchettes et rapaces planent ou se cachent dans ces territoires préservés.
Meilleure période pour l’ascension
Le timing est crucial pour réussir votre trek au M’Goun. La fenêtre idéale s’étend de juin à septembre, lorsque la neige a fondu sur les hauteurs et que les cols sont praticables. En mai, les névés persistent souvent au-dessus de 3500 mètres, rendant la progression technique et potentiellement dangereuse sans équipement adapté.
L’été offre des conditions météorologiques stables avec des températures agréables en journée, oscillant entre 20 et 25°C dans les vallées. En altitude, il faut compter sur des nuits fraîches où le thermomètre peut descendre jusqu’à 0°C, voire en-dessous près du sommet. Les orages d’après-midi sont possibles en juillet-août, imposant des départs matinaux pour atteindre les points culminants avant 14h.
Septembre représente un compromis intéressant : moins de randonneurs sur les sentiers, des températures encore clémentes et une lumière sublime pour la photographie. Les récoltes battent leur plein dans les vallées, ajoutant une dimension culturelle enrichissante à votre expérience. En revanche, évitez absolument les mois d’octobre à avril, où la neige et le froid rendent l’ascension réservée aux alpinistes expérimentés.
Itinéraire classique et variantes
Le parcours traditionnel démarre généralement depuis Tabant, principal village de la vallée des Aït Bouguemez, accessible en 4×4 depuis Azilal. Le premier jour consiste en une mise en jambes progressive jusqu’au refuge de Rougoult ou Ikkiss, avec environ 5 heures de marche à travers champs en terrasses et hameaux berbères.
Le deuxième jour marque l’entrée dans le vif du sujet avec la montée vers le plateau du M’Goun. Vous quittez la végétation pour un univers minéral impressionnant, gagnant 1000 à 1200 mètres de dénivelé positif. L’effort est soutenu mais régulier, sans difficulté technique majeure. Le bivouac s’installe généralement vers 3200-3400 mètres, offrant des couchers de soleil mémorables sur les crêtes environnantes.
Le jour du sommet
La journée d’ascension finale commence avant l’aube, souvent vers 4h ou 5h du matin. L’objectif est d’atteindre le sommet au lever du soleil et d’éviter les vents violents qui se lèvent en milieu de journée. Le sentier serpente entre éboulis et passages rocheux, nécessitant concentration et endurance. Les derniers 300 mètres constituent la partie la plus exigeante, avec une pente soutenue et un air raréfié qui demande un rythme adapté.
Au sommet, la récompense dépasse toutes les attentes : un panorama à 360° sur le Haut Atlas, avec le Toubkal visible au loin, les sommets enneigés du Jebel Azourki, et par temps clair, même l’Anti-Atlas au sud. Ce moment de plénitude, après l’effort fourni, reste gravé dans les mémoires des randonneurs. La descente emprunte généralement un itinéraire différent, permettant de découvrir de nouveaux paysages et de boucler le trek en traversant d’autres vallées.
L’équipement indispensable pour réussir
Partir léger mais complet : voilà le défi de tout trekkeur. Pour le M’Goun, votre sac à dos doit contenir l’essentiel sans vous transformer en mulet. Si vous optez pour une agence avec muletiers, une partie du matériel sera transportée, mais gardez toujours avec vous les équipements critiques.
Les vêtements doivent suivre le principe des trois couches : une couche respirante en contact avec la peau, une couche isolante type polaire, et une veste imperméable coupe-vent pour les hauteurs. N’oubliez pas qu’en altitude, les variations thermiques sont extrêmes : de 25°C en plein soleil à -5°C à l’ombre. Un bonnet, des gants et un buff s’avèrent indispensables même en été.
Le matériel technique à ne pas négliger
Pour l’ascension elle-même, voici les éléments essentiels :
- Chaussures de randonnée montantes, déjà rodées et avec une bonne accroche
- Bâtons de marche pour soulager les genoux et améliorer la stabilité
- Sac de couchage confort -5°C minimum (même si l’agence fournit des couvertures)
- Lampe frontale avec piles de rechange pour le départ matinal
- Lunettes de soleil catégorie 3 ou 4 et crème solaire haute protection
- Gourde ou poche à eau de 2 litres minimum
- Trousse de premiers secours personnalisée
Le matériel de bivouac (tente, matelas, réchaud) est généralement fourni par les agences, mais vérifiez toujours ce qui est inclus dans votre formule. Certains randonneurs autonomes préfèrent porter leur propre équipement pour plus de flexibilité et d’indépendance sur l’itinéraire.
Préparation physique et acclimatation
Ne sous-estimez jamais l’altitude 🏔️. À 4068 mètres, l’air contient environ 40% d’oxygène en moins qu’au niveau de la mer. Même les sportifs confirmés peuvent ressentir maux de tête, nausées ou fatigue intense sans acclimatation progressive. L’idéal consiste à passer une nuit vers 2500 mètres avant d’entamer l’ascension, puis une autre vers 3200-3400 mètres avant le sommet.
Côté préparation physique, visez un entraînement régulier pendant au moins deux mois avant le départ. Privilégiez les sorties longues en montagne avec dénivelé, 2 à 3 fois par semaine si possible. La natation et le vélo complètent parfaitement cette préparation en développant votre capacité cardio-respiratoire sans traumatiser les articulations.
Une astuce partagée par les guides locaux : arrivez quelques jours avant le trek pour vous acclimater tranquillement dans les vallées du Haut Atlas. Profitez-en pour faire des balades de 3-4 heures autour de Tabant ou dans les gorges. Votre corps commencera à produire plus de globules rouges, facilitant grandement l’effort en altitude le moment venu.
Encadrement et logistique sur place
Bien que techniquement accessible, le M’Goun se parcourt idéalement avec un guide local. Ces professionnels connaissent chaque recoin du massif, anticipent les conditions météo et assurent votre sécurité en cas de problème. Leur connaissance des passages délicats et des points d’eau transforme radicalement l’expérience, surtout si vous ne parlez pas arabe ou tamazight.
Les agences basées à Azilal ou dans la vallée des Aït Bouguemez proposent des formules complètes incluant transport depuis Marrakech, hébergement en gîte, repas, guide, muletiers et équipement de bivouac. Comptez entre 400 et 600 euros par personne pour un trek de 6 jours, selon le niveau de confort et la taille du groupe. Les petites structures locales offrent souvent le meilleur rapport qualité-prix et un contact authentique avec les habitants.
Pour les randonneurs expérimentés tentés par l’autonomie complète, sachez que l’orientation peut s’avérer complexe, notamment sur les plateaux où les sentiers disparaissent par endroits. Une carte topographique détaillée et un GPS sont alors indispensables, tout comme une bonne dose d’expérience en navigation montagne.
Aspects culturels et rencontres
Le trek au M’Goun vous plonge dans le quotidien des communautés berbères du Haut Atlas. Les villages traversés vivent encore selon des rythmes ancestraux, où l’agriculture et l’élevage rythment les saisons. L’accueil dans les gîtes familiaux offre des moments d’échange précieux autour d’un tajine fumant et d’un thé à la menthe ☕.
Respectez les coutumes locales : habillez-vous modestement, demandez l’autorisation avant de photographier les personnes, et montrez de l’intérêt sincère pour le mode de vie de vos hôtes. Quelques mots de tamazight ou d’arabe font toujours plaisir et ouvrent les cœurs. N’hésitez pas à acheter des produits artisanaux directement aux familles : tapis tissés, miel de montagne, huile d’argan ou noix cultivées localement.
La solidarité montagnarde prend tout son sens dans ces régions isolées. Les villageois n’hésitent jamais à partager leur maigre quotidien avec les voyageurs de passage, perpétuant une tradition d’hospitalité millénaire. En retour, un comportement respectueux et une contribution financière équitable (via les agences locales notamment) aident ces communautés à maintenir leur présence dans ces territoires difficiles.
FAQ : vos questions sur le trek du M’Goun
Peut-on faire le M’Goun sans guide professionnel ?
Techniquement oui pour des randonneurs très expérimentés en navigation et autonomes en montagne. Cependant, un guide local apporte une valeur inestimable : sécurité, connaissance du terrain, accès aux meilleurs bivouacs et enrichissement culturel. Le surcoût est largement compensé par la qualité de l’expérience.
Quel budget prévoir pour le trek complet ?
Pour un trek organisé de 5-6 jours tout compris depuis Marrakech, comptez 400 à 600€ par personne. En mode économique avec transport public et organisation locale directe, vous pouvez descendre à 250-300€. Ajoutez 100-150€ pour l’équipement si vous devez tout acheter.
Le mal d’altitude est-il un vrai risque ?
Oui, même pour les sportifs. Environ 30% des randonneurs ressentent des symptômes légers (maux de tête, fatigue) au-dessus de 3500m. Une ascension progressive sur plusieurs jours limite grandement les risques. En cas de symptômes sévères, la seule solution est de redescendre immédiatement.
Quelle condition physique faut-il avoir ?
Une bonne endurance est nécessaire : capable de marcher 6-8h par jour avec dénivelés de 800-1200m. Si vous randonnez régulièrement en montagne et pouvez enchaîner deux jours d’effort consécutifs, vous avez le niveau requis. L’altitude reste le facteur le plus imprévisible, indépendant de la forme physique.
